R. Englebert u.a. (Hgg.): French Connections

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Title
French Connections. Cultural Mobility in North America and the Atlantic World, 1600–1875


Editor(s)
Englebert, Robert; Wegmann, Andrew N.
Published
Reviewed for Connections. A Journal for Historians and Area Specialists by
Soazig Villerbu, Université de Limoges, CRIHAM (UR 15507)

Le lecteur qui chercherait une analyse de « connexions » au sein de l’Atlantique français ne trouverait pas dans cet ouvrage de quoi satisfaire sa curiosité, à moins de se livrer lui-même à une sorte d’exercice intellectuel permettant de surplomber des contributions qui théorisent très peu, voire pas du tout, la question. Et ni l’introduction ni la conclusion n’aident à y voir plus clair. On a sans doute là un effet éditorial : « connexions » est un terme qui fait suffisamment vendre sur le marché de l’histoire actuellement pour qu’il soit mis en avant même quand le concept n’est pas franchement en jeu. Le sous-titre de l’ouvrage est en revanche en parfaite adéquation avec le contenu. Les neuf contributions s’inscrivent en effet dans une double démarche historiographique qui participe du renouvellement de l’histoire du premier empire colonial français. D’une part parce qu’elles intègrent dans un même mouvement les deux rives de l’océan et surtout les colonies continentales et antillaises. D’autre part parce qu’elles travaillent le phénomène de « mobilité culturelle », afin de déceler en quoi la forme impériale peut déstabiliser les individus comme les stratégies politiques et comment les individus eux-mêmes construisent l’empire par leur mobilité. Le tout en usant donc d’approches centrées sur les dits individus, même lorsqu’ils sont, comme dans la contribution de Robert Taber, replacés au sein de séries statistiques de grande ampleur sur les mariages à Saint-Domingue, ou, comme dans celle de Guillaume Teasdale et Karen Marrero, au sein de réflexions contextuelles sur la propriété terrienne dans la région de Détroit. Ces deux dernières contributions se penchent sur des inconnus de l’histoire, tandis que certains de ces individus sont bien connus et leur itinéraire relu à l’aune de problématiques neuves : l’exorciste Marie Regnouart (Mairi Cowan), l’officier huguenot Paul Mascarene (Gregory Kennedy et Vincent Auffrey), frère Chrétien (Christopher Hodson), Victor Collot ou Volney (Robert Englebert), Honoré Beaugrand (Jay Gitlin et Ryan André Brasseaux). Seuls William Brown et Leslie Choquette délaissent cette approche pour se focaliser sur des logiques avant tout collectives, dans le processus de négociations avec les Amérindiens et dans les ressorts de la migration vers la Nouvelle-France.

Dans sa contrinution, Christopher Hodson évoque la microhistoire et ses usages et souligne qu'elle pourrait être l'un des moyens de repenser l'Atlantique français. C’est en effet de cela qu’il est question ici et nous regrettons finalement que la réflexion ne soit pas poussée plus loin en ce domaine. D’abord parce que la microhistoire mérite toujours d’être définie pour ne pas être galvaudée : toute histoire de vie n’est pas microhistoire, celle-ci suppose une démarche intellectuelle que Edoardo Grendi résumait par la notion d’ « exceptionnel normal » et qui suppose d’éclairer le fonctionnement d’une société par ce qui sors de la norme. Il ne s’agit pas de donner des exemples, mais plutôt de construire un éclairage méthodologique et narratif particulier. Ensuite parce dans ses derniers développements, la microhistoire a pris schématiquement deux directions. La première est celle de permettre à l’histoire de retrouver un large public en misant sur la narration et les histoires de vie ; la deuxième, suppose que le passage par le prisme de l'individu et de l'exception est un moyen privilégié d'accéder à l'histoire globale et que les connexions se lisent plus facilement dans les biographies que dans les récits synthétiques [1]. Ainsi, nous retrouvons bien le thème de connexion, mais nous déplorons le manque de cadre théorique dans l’ouvrage revu ici. Entendons-nous bien : chacune des contributions présente un intérêt certain et l’ensemble fait un livre indispensable à tout chercheur se penchant sur l’histoire atlantique française. Cependant, il faut reconstruire soi-même les liens entre chapitres pour donner un sens à l’ensemble.

[1] Voir par exemple Francesca Trivellato, « Is There a Future for Italian Microhistory in the Age of Global History?”, California Italian Studies 2 (2011) 1; Tonio Andrade, « A Chinese Farmer, Two African Boys, and A Warlord: Toward a Global Microhistory”, Journal Of World History, 21 (2011) 4, p. 573-591; “Microhistory Today: A Roundtable discussion”, Journal of Medieval and Early Modern Studies 47 (2017) 1, p. 7–52.

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19.05.2022
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